Quel impact de la corticothérapie forte dose dans les événements indésirables liés à l'immunothérapie ?

Rédigé le 08/09/2021
Siavoshe AYATI

Les anti PD-1 ont bouleversé la survie des patients pris en charge pour un mélanome métastatique au prix de toxicités immuno induites en général modérées et gérables.

Il a été décrit que les patients qui présentent des toxicités liées à l’immunothérapie ont de meilleures réponses et une survie prolongée.

D'un autre côté, l'utilisation à forte dose des corticoides à l'initiation du traitement par anti-PD1/PDL1 est déletere sur la survie.

Mais quel est impact de la corticothérapie après un démarrage de traitement par anti-PD1/PD-L1 ? La réponse n’est pas claire.

Les auteurs de cette étude ont réalisé une analyse retrospective multicentrique chez des patients atteints de mélanome avancé (stade III ou IV non résécable) traités par anti-PD1.

La toxicité lié à l’immunothérapie a été défini comme toute événement indésirable immunologique interpreté par le clinicien.

L’utilisation de la corticothérapie a été analysée pour des doses > 30mg d’équivalent prednisone par jour et les toxicités liés à l’immunothérapie intéressante ont été sélectionné par la nécessité d’usage d’une corticothérapie à cette dose là.

Les "fortes doses de corticothérapie" ont été définis par une dose ≥ à 60mg d’équivalent prednisone par jour,  la dose cumulée a également été pris en compte.

2 points de repères ont été prédéfinis 2 mois et 6 mois après l'initiation de l'anti-PD1.

Parmi les 947 patients, 509 (54%) ont présentés une toxicité liée à l’immunothérapie tous grades:

  • La médiane de survenue était de 9 semaines après initiation.
  • 164 (32%) sur les 509 patients ont reçu une corticothérapie > 30mg d’équivalent par jour.
  • Parmi eux 59 (11%) ont eu une dose ≥ 100mg, 60 (12%) entre 60-100 et 45 (11%) entre 30 et 60mg.
  • Concernant la dose cumulée 73 (12%) patients ont eu une dose >1000mg de prednisone équivalent, 63 (12%) entre 300 et 1000.

Les toxicités liés à l’immunothérapie les plus fréquentes nécessitant un recours à de fortes doses de corticoides comprenait en majorité : les troubles gastro-intestinaux (28%), respiratoires (26%) et hépatites (17%).

Résultats:

L’apparition d’une toxicité liée à l’immunothérapie était associée a une meilleure survie globale (HR 0;63, 95% CI, 0,51-0,78, p<0,01). Il n’y avait pas d’association avec le type de toxicité.

Parmi les119 patients qui ont présenté un événément indésirable lié à l'immunothérapie et qui ont reçu une forte dose de corticoide

  • A 2 mois: la PFS (HR 1.69 95% IC 1.04-2.76, p<0,04) et l'OS (HR 1.97, 95% CI 1,15-3,39, p<0,01) post toxicités étaient moins bonnes.
  • A 6 mois:  la PFS (HR 1.93, 95% CI 1,19-3,13, p<0,008) était moins bonne mais pas pour l'OS (HR 1.18, 95% CI 0.71-1.98 p<0,52).

Les auteurs concluent que la survie est moins bonne chez les patients présentant une toxicité précoce liée à l'immunothérapie necessitant le recours à une forte dose de corticothérapie par rapport aux toxicités d'apparition plus tardives, avec utilisation de corticoides forte dose/faible dose/ou sans.

C'est une étude intéressante car elle donne pour la premiere fois une information concernant le délai d'instauration de la corticothérapie et l'impact sur la survie des patients.  Il serait intéressant d'évaluer plus précisément l'effet de la dose utilisée et de pouvoir explorer ces données sur d'autres pathologies.