Neuropathie périphériques à long terme chez les patientes guéries

Rédigé le 28/05/2021
Siavoshe AYATI

Le pronostic des patientes traitées à un stade précoce de cancer du sein est généralement bon et les effets indésirables en lien avec les taxanes doivent être pesés à long terme.

Ceux-ci sont fortement pourvoyeurs de neuropathie périphériques avec un impact sur la qualité de vie.

Les facteurs de risques de développer une neuropathie périphérique sont : l’utilisation antérieure de chimiothérapie, l’âge avancé, le sexe féminin, le diabète, l’IMC, la surconsommation d’alcool, les maladies cardio-vasculaires, les carences nutritionnelles, les maladies auto immunes, les facteurs héréditaires et l’usage d’outils vibratoire. 

On sait que les neuropathies peuvent apparaitre dès le début de traitement, elles sont dose limitante et que plus de 80% des patientes affectées présentent toujours des symptômes jusqu’à 3 ans.  Au-delà de 3 ans qu’en est-il ?

Les auteurs ont réalisés une étude de cohorte chez des patientes suédoises, traitées à un stade précoce d’un cancer du sein (T1-3, N0-2), sans récidive, traitées 2 à 6 ans plus tôt par une chimiothérapie (néo)adjuvante contenant des taxanes.

L’objectif principal était l'évaluation du risque et de la prévalence de neuropathie périphérique dans cette population avec une comparaison via une randomisation de femmes  sans antécédent de cancer, sélectionnée dans le registre de population Suèdois. L’évaluation était réalisée par un questionnaire de qualité de vie (incluant un questionnaire validé de l’EORTC, la HADS, le CIPN20…).

Résultats : le taux de réponse au questionnaire était de 79% (697 patientes) coté patientes traitées et 59% (1040) pour les témoins.

  • Le délai médian du dernier taxane était de 3.6 ans (1.5 et 7.3 ans)
  • Le temps médian depuis le diagnostic était de 4.1 ans (2.2 à 7.8 ans)
  • Les caractéristiques des patientes guéries étaient en proportion un peu plus obèse, présentaient un peu plus de douleurs articulaires, de l’ostéoporose et des événements thromboemboliques par rapport au bras contrôle.
  • Des symptômes neurologiques sensitifs ont été décrit chez 8,9 à 49% et moteurs chez 7,2 à 61,3% des patientes traitées.
  • Le symptôme le plus fréquent était la difficulté à ouvrir un bocal (RR à 1,4) suivie des crampes dans les pieds (RR à 1,5) versus les témoins.
  • Le picotement/engourdissements des orteils/pieds avait un RR à 1,8 soit le plus élevé.
  • Pas de différence pour : les doigts/mains brûlés, difficultés auditives, difficultés à tenir un style et de difficultés à utiliser les pédales lors de la conduite.
  • Dans le temps (<3,6 ans ou au moins 3,6ans), les symptômes s’atténuent hormis pour les crampes dans les pieds.

Les facteurs de risques qui resortent sont l’usage du taxol vs le docétaxel, un âge plus élevé (>65 ans), le diabète, les maladies auto-immunes, tabac et l’usage d’outils vibrants.

Mastectomie et métastases ganglionnaires n’étaient pas associés à l'installation d'une neuropathie périphérique.

En conclusion : il s’agit d’informations très intéressantes sur la qualité de vie à long termes. L’usage du taxol très utilisé dans les stratégies (néo)adjuvant  doit être pesé surtout quand les patientes sont âgées, obèses ou présentent un diabète. Le taxotere est moins pourvoyeur mais moins utilisé aujourd’hui du fait de sa tolérance, du risque de colite neutropénique et d’alopécie définitive.