Café, thé et cancer du sein …. Quelle relation ?

Rédigé le 21/04/2021
Loïck Galland

Le thé et le café font parti des boissons les plus consommées au monde.

Commençons par rappeler que depuis les années 90, et jusqu’à 2016, le café faisait partie du groupe « cancérogène possible » du système de classification du CIRC. Depuis, de nombreuses études ont mis en évidence un rôle positif du café sur les processus inflammatoires, l’insulinorésistance et le diabéte de type II, en soulignant notamment l’activité anti-oxydante de cette boisson (1–3) . Celui-ci est donc depuis classé dans le groupe 3 « ne peut être classé du point de vue de sa cancérogénicité », sans lien de cause à effet mis en évidence entre café et cancer du sein notamment (4,5) . Il en est de même pour le thé, en excluant l’ingestion de boissons très chaudes, impliquée dans le cancer de l’œsophage.

Toutefois, chercher à mettre en évidence un lien positif avec la survie, notamment après un diagnostique de cancer du sein, n’a pour le moment pas été établi. Menée à partir de données portant sur 8 900 infirmières anglaises, atteintes d'un cancer du sein de stade I à III, une étude de cohorte prospective (Post-diagnostic coffee and tea consumption and breast cancer survival, British Journal of Cancer, march 2021) (6) analyse l'association entre une consommation de thé et de café après le diagnostic de la maladie et la mortalité spécifique ainsi que la mortalité toutes causes confondues.

Celle-ci a évalué, sur plus de 30 ans (1980-2010), la consommation de thé et de café chez ces patientes, par des questionnaires à intervalle réguliers. Il a été mis en évidence 1054 décès en lien avec le cancer du sein, et 2501 toutes causes.

 

Résultats :

  • Une consommation de café >3 tasses/jour était associée à une réduction de risque de mortalité spécifique de 25% (HR = 0.75, CI [0.59 ; 0.96], p= 0.002) et de mortalité toutes causes de 26% (HR = 0.74, CI [0.63 ; 0.87], p < 0.0001) par rapport aux patientes n’en buvant pas du tout.
  • Mise en évidence d’une dose dépendance, avec un bénéfice apparaissant à partie de 2 tasses, et se majorant pour >3 tasses/ jour, et ce après ajustement à la consommation associée de tabac ou d’alcool notamment. A noter que la relation café/réduction de la mortalité restait positive après ajustement sur l’ajout de sucre dans la boisson. 
  • Pour une consommation de thé >3 tasses/jour, celle-ci était associée à une réduction du taux de mortalité toute cause de 26% (HR = 0.74, CI [0.58 ; 0.95], p = 0.04) par rapport aux non buveuses, mais pas avec la mortalité spécifique du cancer du sein.

 

En conclusion, les résultats de cette étude suggèrent que la consommation de café et de thé peuvent améliorer la survie spécifique (café uniquement) ou toute cause, et ce avec des arguments en faveur d’une certaine dose dépendance. Cette étude méritera confirmation, et des analyses complémentaires, notamment sur les mécanismes physiopathologiques impliqués. Toutefois, cela pourrait permettre de rassurer vos patientes, en cours de surveillance pour un cancer du sein, qui s’interrogent et n’osent pas reprendre leur consommation (en soulignant toutefois le rôle néfaste prouvé du tabac en association, et du caractère « raisonné » de l’ajout de sucre à sa boisson).

 

Abréviations : CIRC : Centre International de Recherche sur le Cancer