Le paradoxe de l'obésité est il vrai en Oncologie ?

Rédigé le 23/04/2021
Siavoshe AYATI

Existe-il une différence en survie entre patients obèses et non obèses en cancérologie ? L'obésité permet-elle une meilleure réponse au traitement ?

Le paradoxe de l’obésité est un phénomène décrit dans différentes études mettant en évidence de meilleures réponses aux traitements chez les patients obèses.

Cette méta analyse avait comme objectif d’évaluer les résultats aux traitements chez les patients obèses et non obèses après le diagnostic d’un cancer.

L’objectif principal était d'évaluer la survie globale dans ces 2 populations, les objectifs secondaires étaient d'évaluer la mortalité spécifique au cancer et la survie sans progression.

L’obésité a été définie par un IMC > 30.

Au total 203 études ont été sélectionnées comprenant un total de 6 320 365 patients :

La survie globale des patients obèses atteints d’un cancer était moins bonne (HR, 1.14; 95% CI, 1.09-1.19; P < .001 sur les données 170 études), indépendamment des autres facteurs pronostiques (stades, sexe, âge, tabagisme, ethnie).

La mortalité spécifique au cancer chez les patients obèses était également moins bonne (HR, 1.17; 95% CI, 1.12-1.23; P < .001 sur les données de 109 études).

La survie sans progression était également moins bonne, chez les patients obèses par rapport au patients non obèses (HR, 1.13; 95% CI, 1.07-1.19; P < .001 sur les données de 79 études).

Le taux de rechute était augmenté dans les cancers du sein, colorectal, de la prostate et gastro-œsophagien chez les patients obèses par rapport aux non obèses.

L’analyse en sous-groupes par organes :

  • Cancer du sein, colo-rectal et utérus : les patients obèses ont une mortalité globale plus élevée que les non obèses présentant le même cancer. (sein: HR, 1.26; 95% CI, 1.2-1.33; P < .001; colorectal: HR, 1.22; 95% CI, 1.14-1.31; P < .001; HR, 1.20; 95% CI, 1.04-1.38; P = .01)
  • Cancer du poumon, cancer du rein et mélanome : les patients obèses ont des meilleurs résultats en survie par rapport aux non obèses présentant le même cancer. (poumon: HR, 0.86; 95% CI, 0.76-0.98; P = .02; cancer rénal: HR, 0.74; 95% CI, 0.53-0.89; P = .02; melanome: HR, 0.74; 95% CI, 0.57-0.96; P < .001). 

Au total : l’obésité augmente la mortalité toute cause, la mortalité spécifique au cancer et le risque de récidive. Le paradoxe de l’obésité a été retrouvé dans les pathologies pulmonaires, rénales et les mélanomes.

Ces résultats sont intéressants mais le poids n'est peut être pas suffisant, d'autres facteurs doivent rentrer dans la balance pour comprendre en profondeur ces différences: sarcopénie, cinétique de perte de poids, environnement.

L’effet supposé bénéfique de l’obésité sur la réponse aux inhibiteurs de point de contrôle est discutée, le tissu adipeux pourrait être considéré comme un organe immunitaire et favoriserait la réponse. D’autre part le micro environnement tumoral chez les patients obèses pourrait être modulé favorablement par différents acteurs (HTA, cholesterol, hyperglycémie...). D'autre part la cachexie est une étape complexe (état inflammatoire et réponse de l'hôte) avec une évolution pronostique dans ces pathologies.