RxPONDER : des résultats qui vont changer les pratiques

Rédigé le 11/12/2020
Sylvain LADOIRE

Les résultats très attendus de l’essai RxPONDER viennent d’être communiqués au SABCS virtuel 2020 :

Incontestablement ils vont changer les pratiques pour les décisions de traitement adjuvant des cancers du sein RH+/HER2- : le Recurrence Score (RS) donné par le test OncotypeDX a montré dans l’essai TAILORx sa capacité à identifier les populations pN0 tirant le plus de bénéfice de la chimiothérapie adjuvante (en plus de l’hormonothérapie adjuvante) chez les patientes avec un RS intermédiaire (11-25) en fonction du statut ménopausique et du risque clinique.

L’essai RxPONDER posait une question voisine mais chez des patientes pN1 (1-3N+) avec un RS bas ou intermédiaire (<26) en randomisant 5083 de ces patientes entre hormonothérapie adjuvante seule ou hormonothérapie + chimiothérapie adjuvante.

Les conclusions sont importantes et multiples :

  1. Il n’existe pas d’interaction entre le RS et le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante sur la population globale (en d’autres termes, le RS ne prédit pas le bénéfice de la chimiothérapie)

  2. Sur la population globale, la chimiothérapie adjuvante est associée une iDFS significativement meilleure (statistiquement significatif mais cliniquement discutable : différence absolue à 5 ans : +1.4%)

  3. Comme dans TAILORx, le bénéfice (iDFS à 5 ans) de la chimiothérapie adjuvante est plus important pour les patientes préménopausées (différence absolue + 5.2%, p=0.0004) que pour les patientes ménopausée (p=0.82), tout particulièrement en ce qui concerne les rechutes métastatiques

  4. L’absence de bénéfice de la chimiothérapie chez les patientes ménopausées s’observe quel que soit le RS (0-13 ou 14-25) et quelque soit le nombre de N+ (1 vs 2-3)

  5. Le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante est significatif chez les patientes préménopausées même en cas de RS bas, et à plus forte raison en cas de RS élevé (14-25), et quelque soit le nombre de N+

  6. Enfin, chez les patientes préménopausées ce bénéfice dans tous les sous-groupes en iDFS se translate en bénéfice d’OS à 5 ans statistiquement significatif (p=0.032) mais cliniquement à relativiser (différence absolue +1.3% : 98.6% vs 97.3%)

En conclusion :

Sur les bases de TAILORx (population pN0)

  • RS bas : pas de chimio,

  • RS élevé : chimio,

  • RS intermédiaire : ménopausée : pas de chimio, préménopausées : chimiothérapie à discuter en fonction du RS et du risque clinique

Sur les bases de RxPONDER (population pN1 (1-3N+) :

  • Ménopausées : pas de chimio pour les RS bas et intermédiaires

  • Préménopausées : bénéfice significatif pour des RS bas et surtout intermédiaires, quelque soit le nombre de N+

Voilà donc de quoi ne plus faire de chimiothérapie adjuvante chez de nombreuses patientes avec un faible envahissement ganglionnaire axillaire, et discuter sérieusement de l’intérêt de la chimiothérapie adjuvante chez les patientes préménopausées pN+ , chez qui par ailleurs, la question de l’intensification de l’hormonothérapie (en termes d’option de traitement et de durée) se pose parallèlement.